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31 octobre 2015 6 31 /10 /octobre /2015 10:28

 

   A l'occasion du festival 2015 du polar de Basso Cambo en Octobre dernier, les 2 classes de 3ème de Mme Campagne et Monbeig ont reçu au CDI l'écrivain Jérôme Leroy. Les deux livres étudiés en classe pour préparer cette rencontre ont pour thème un sujet grave : le terrorisme.

 

Jérôme Leroy

écrivain

 

Né à Rouen, Jérôme Leroy, longtemps professeur de lettres, est écrivain et journaliste. Il est l'auteur de romans, de nouvelles et de poèmes.

Il est également rédacteur en chef culture de Causeur, un journal en ligne, dont le slogan est  « Surtout si vous n'êtes pas d'accord »

Les thèmes abordés dans les livres de Jérôme Leroy relèvent souvent de la critique sociale et du refus d'un monde de plus en plus déshumanisé.

Dans son avant dernier roman, «Le bloc » il met en scène deux narrateurs militants et dirigeants d’un parti d’extrême droite ressemblant furieusement au Front National au moment où celui-ci est sur le point de rentrer dans le gouvernement .

L’ange gardien, qui reprend le cadre et certains personnages du précédent a reçu le prix des lecteurs du festival des Quais du Polar.

Norlande

Clara, 17 ans, vit à l’hôpital depuis 8 mois. Elle a peur d’en sortir, peur de vivre comme tous les jeunes de son âge. Elle écrit dans un cahier, et l'on découvre peu à peu son histoire.

Qu’est-il arrivé à cette adolescente pétulante, fille de la ministre des affaires étrangères de son pays, la Norlande ? Il y a eu un drame, une tuerie réalisée par un seul homme contre des jeunes activistes politiques dont Clara faisait partie… Survivante, elle culpabilise car elle était proche du coupable...

On aura compris que son histoire est largement inspirée de la tuerie d'Utoya, en Norvège. Ce 22 juillet 2011, Anders Breivik, terroriste d'extrême droite, fit soixante-neuf victimes parmi les participants à l'université d'été de la jeunesse sociale-démocrate, en majorité des adolescents. Pendant une heure et quart, Breivik avait froidement ouvert le feu sur quelque 600 participants du camp d’été de la jeunesse travailliste. Un peu avant, il avait fait exploser une bombe de 950 kg près du siège du gouvernement à Oslo, tuant huit autres personnes.

 

 

Afficher l'image d'origineLa grande môme

Emilie, 15 ans, est brutalement confrontée au passé de sa mère que l'on vient d'enfermer dans une prison de haute sécurité. Elle est en isolement complet et ne peut donc recevoir aucune visite.

Toute son enfance Emilie a été ballottée d'une ville à l'autre, sous un faux nom. Elle découvre enfin pourquoi : à la fin des années 70, Nathalie Ambricourt était membre d'un groupe nommé Action Rouge, un groupe de résistants - pour certains terroristes- d'extrême gauche qui œuvrait pour changer le monde, en utilisant les armes. Après vingt ans de cavale, elle doit bientôt être jugée pour ses actes... quelles étaient les motivations de sa mère vingt ans plus tôt ? le fondement de ses actions passées ? Comment reprendre sa vie après toutes ses années de fuite ?


L'auteur s'est inspiré de l'histoire d'Hélène Castel. Elle a participé en 1980 à une attaque à main armée à Paris. Au cours de ce braquage l'un des malfaiteurs a trouvé la mort et le directeur de l'agence bancaire a été blessé. Elle s'enfuit au Mexique et est condamnée à perpétuité. Elle change alors d'identité, élève sa fille et devient psychothérapeute. La justice la qualifie de terroriste et proche des membres d'Action directe, ce qu'elle a toujours nié depuis son arrestation en 2004.


 

Action Directe.svgAction directe est un groupe « anarcho- communiste » qui a revendiqué plus de 80 attentats sur le territoire français entre 1979 et 1987, contre les symboles du pouvoir politique et/ou économique ; ses membres ont défendu l’idée que les actions violentes étaient un moyen légitime de renverser un régime considéré comme oppressif.

 

Le siège de Radio France, visé par un attentat d'Action directe, le 14 octobre 1985, alors que le groupe radiophonique avait invité Jean-Marie Le Pen, du Front national, à une émission.1985 : Action directe pose une bombe dans les locaux du journal d'extrême doite "Minute" ; la même année, Action Directe revendique deux attentats contre contre Antenne 2 et Radio France pour protester contre la venue de Jean-Marie Lepen, chef du Front National.

 

Des braquages, des fusillades, mais Action Directe reste surtout dans les mémoires pour l’assassinat de Georges Besse, PDG de RENAULT, en 1986

                                             

Les derniers militants de l'organisation ont été arrêtés en 1987.

 

Extraits de la rencontre

Pourquoi êtes-vous devenu écrivain ?

Je ne pense pas avoir décidé d'être écrivain ; il s'agit plutôt d'une vocation, une évidence. Très jeune, j'éprouvais le besoin de réinterpréter les histoires que je lisais, comme si je voulais réécrire le monde. Ma mère m'a rappelé récemment que lorsque j'étais petit, je m'amusais à vendre à mon entourage de petits « livres » que je fabriquais. Je pense que très tôt s'est imposée à moi l'idée que je pouvais gagner ma vie en écrivant.

 

Quel sujet vous a donné envie d'écrire votre premier roman ?

Très souvent, le 1er livre d'un écrivain est autobiographique : c'est mon cas. Par la suite, j'ai eu rapidement besoin d'écrire sur ce qui se passe autour de moi, sur ce qui me fait peur en fait, dans le monde qui nous entoure.

 

Combien de temps mettez-vous pour écrire un livre ?

Chaque auteur a sa méthode ; certains s'installent à heures fixes à leur bureau, et travaillent avec une grande régularité. Pour ma part, je ne fonctionne pas comme cela. Je laisse mon sujet « mûrir » dans ma tête pendant longtemps, parfois plusieurs mois ; puis, quand je sens que je suis prêt, je m'enferme dans mon bureau pendant 3 semaines et j'écris tout, très rapidement, à un rythme très soutenu, jusqu'à 10 heures par jour. Je m'isole complètement pour ne pas me laisser distraire,,,même le chat n'a pas le droit d'entrer !

Que pensez-vous des illustrations des couvertures de « la grande môme » et de « Norlande » ?

Les auteurs ne choisissent pas les couvertures ; mais il se trouve que pour ces deux, je suis satisfait. Il m'est arrivé d'avoir des illustrations très laides ou qui n'étaient pas du tout pertinentes, ce qui révèle dans ce cas que l'illustrateur n'a pas lu le livre. Ici, pour « la grande môme », l'absence de visage, le physique de la jeune fille cadre complètement avec Clara ; pour Norlande, l'illustrateur a choisi l'arbre de vie (Yggdrasil) de la mythologie nordique, qui symbolise la lutte continuelle entre le bien et le mal, la vie et la mort. J'y fais allusion dans mon livre, ce qui prouve que l'illustrateur a lu le livre !

 

Pourquoi avoir choisi le roman noir pour mettre en scène vos histoires ?

Nos sociétés, même si elles sont démocratiques sont extrêmement violentes. Le roman noir permet de traiter ces sujets, de parler de la vie quotidienne, nos vies maltraitées dans nos sociétés. Il peut y avoir une enquête aussi, mais ce n'est pas systématique.

 

Dans vos livres, l'action survient à la fin. Pourquoi cette construction ?

Je voulais que mon personnage réfléchisse à ce qui lui est arrivé. Donc il fallait que l'événement ait déjà eu lieu. Mes personnages cherchent des réponses, veulent comprendre pourquoi ils sont victimes de cette violence. Cette analyse du héros est une caractéristique du roman noir.

 

Concernant Norlande, pourquoi avoir choisi cet attentat en particulier ?

Je me souviens précisément du jour où c'est arrivé ; j'étais en vacances avec des amis. Nous avons immédiatement pensé que, si nous avions étéAfficher l'image d'origine Norvégiens, l'un d'entre nous au moins, compte tenu de nos positions politiques et de celles de nos enfants, aurait été victime de ce tueur. Ces jeunes étaient réunis sur cette île pour défendre de grandes idées telle que la paix ou la lutte contre le racisme. Les Norvégiens n'étaient absolument pas préparés à cet attentat ; il faut vous imaginer un pays où les ministres circulaient en vélo, où il n'y avait presque pas de présence policière dans les bâtiments officiels. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle cela a été si facile pour le tueur. On pensait que l'idéologie fasciste était moribonde, on ne pouvait pas imaginer qu'un attentat de ce type pouvait être commis en Europe... ce fut un choc terrible.


Et pour « La grande môme » ?

Dans les années 70, des jeunes, de gauche, voulaient changer le monde, à tel point qu'à un moment donné ils en sont venus à utiliser les armes, à commettre des assassinats pour faire avancer leur cause. C'était une erreur bien sûr ; on ne peut pas rendre le monde meilleur en utilisant la violence. Mais ce mouvement, cette lutte armée est fondamentalement différente du terrorisme « aveugle ». Je me suis inspiré de la vie d'Hélène Castel : elle a participé toute jeune à une attaque à main armée et à une prise d'otage à Paris. Au cours de ce braquage l'un des malfaiteurs a trouvé la mort et le directeur de l'agence bancaire a été blessé. Elle s'est cachée au Mexique en changeant d'identité et a complètement refait sa vie ; elle a eu une fille et est devenue psychothérapeute. Mais elle a été rattrapée quelques jours avant la prescription de la peine.


Dans votre livre, la mère de Clara est condamnée à une peine légère ? Est-ce que cela vous paraît juste ?

C'est une peine de principe ; on ne pouvait pas faire comme s'il ne s'était rien passé, mais on ne peut pas non plus la juger comme si cela s'était passé deux jours auparavant. Qui juge t-on ? La jeune fille de 18 ans ? La femme qu'elle est devenue ?

Il ne faut pas confondre la justice et la vengeance, ce sont deux choses différentes. La vengeance n'a rien à voir avec la justice.


Quel sens donnez-vous à l'attitude du tueur, à la fin, lorsqu'il baisse les yeux devant Clara ?

Je me suis beaucoup documenté sur le procès. Le tueur a été odieux avec les victimes ; il faisait le salut nazi dans le tribunal, il ricanait pendant que les survivants témoignaient.

Une seule fois, alors que rien ne distingue ce témoignage des autres, qu'il n'est ni plus, ni moins terrible que les autres, le tueur baisse les yeux devant une jeune fille. Je me suis tout de suite demandé pourquoi. J'ai imaginé un lien caché entre le tueur et la victime qui expliquerait cette attitude, ce moment d'humanité qui lui fait perdre son assurance.

 

Pourquoi avoir choisi de faire écrire Clara ?

Elle ne peut parler à personne : ni à sa mère, elle-même victime et très fragilisée, ni à ses amis, tous morts ou blessés, et elle pense que les médecins ne comprendraient pas. J'ai imaginé cette correspondance tout à fait crédible pour moi : j'ai grandit à Rouen et nous avions un jumelage avec une ville de Norvège, ce qui fait que les contacts avec ce pays étaient fréquents et faciles.

 

Pourquoi choisissez-vous toujours des personnages féminins ?

Oui, c'est étrange. On m'a fait remarquer aussi que très souvent le père est absent. Un psy se régalerait ! Je pense qu'un écrivain doit être capable d'endosser toutes les « peaux », humaines ou même animales. J'imagine que choisir une jeune fille me permet d'ajouter de la vulnérabilité à mon personnage.

Pourquoi êtes-vous si pessimiste ?

Je ne suis pas pessimiste ! C'est le monde qui est dur. Écrire sur des vampires amoureux ne m'intéresse pas. Ce dont j'ai envie, c'est de parler de ce qui se passe autour de nous. Notre société est violente, dure, il faut en parler pour ne pas se laisser faire. Les sujets qui m'intéressent relèvent du Roman Noir, ce n'est pas très gai, mais je n'y peux rien !

 

Vous voulez faire passer un message ?

Je n'aime pas ce terme. Disons que ce que je souhaite, c'est attirer l'attention de mes lecteurs sur ces sujets. Tout est fait pour nous empêcher de réfléchir, de réagir ; plutôt qu'un message c'est un projecteur que je souhaite allumer sur un aspect de la société, sur ce qui ne va pas bien autour de nous.

 

Que pensez-vous de facebook ? Le tueur l'utilise et a deux profils...

Je ne porte pas de jugement de valeur sur Facebook. Je dis juste qu'il faut faire attention. Dans la vie les méchants ne sont pas comme au cinéma, on ne les voit pas arriver de loin sur une musique angoissante et ils n'ont pas forcément une tête de tueur. Dans la vraie vie, ce qui est beau peut être dangereux et inversement.

                               

 

 

 

 

 

 

Rencontre avec Jérôme Leroy

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Published by Christine Gobier
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